Deux personnes du même âge peuvent avoir des chevelures très différentes : l’une commence à grisonner à 25 ans, l’autre garde sa couleur naturelle plusieurs décennies de plus. Cette différence visible pose une question intéressante : est-ce simplement une affaire de pigmentation, ou les cheveux blancs racontent-ils quelque chose de la manière dont notre organisme vieillit ?

Pour y répondre, il faut d’abord comprendre ce qui se passe dans un follicule pileux lorsque la couleur disparaît.

Pourquoi un cheveu devient-il blanc ?

La couleur d’un cheveu est fabriquée au moment où il pousse. À sa racine, des cellules appelées mélanocytes produisent de la mélanine, le pigment qui lui donne sa couleur.

Ces mélanocytes ne sont pas présents indéfiniment. À chaque nouveau cycle de croissance du cheveu, ils doivent être renouvelés à partir d’un petit réservoir de cellules souches mélanocytaires situé dans le follicule.

Avec le temps, ce système fonctionne moins bien. Des travaux récents chez la souris ont montré que certaines de ces cellules souches perdent progressivement leur capacité à circuler entre différentes zones du follicule. Elles restent alors bloquées dans un état où elles ne peuvent plus produire efficacement de nouveaux mélanocytes.1

Le cheveu qui pousse ensuite contient moins de mélanine, puis parfois plus du tout. Un cheveu blanc est donc avant tout un cheveu qui a poussé sans pigment.

Ce mécanisme fait des cheveux blancs un signe visible du vieillissement d’un tissu très précis : le follicule pileux. Il ne dit pas encore comment vieillissent le cœur, les muscles ou le cerveau.

Pourquoi certaines personnes blanchissent-elles beaucoup plus tôt ?

La génétique joue un rôle important dans l’âge d’apparition des premiers cheveux blancs. Le système de pigmentation du follicule ne vieillit donc pas au même rythme chez tout le monde : commencer à grisonner tôt ne signifie pas nécessairement que l’ensemble de l’organisme vieillit plus vite.

Le stress oxydatif est également étudié. Il correspond à un déséquilibre entre la production de molécules réactives et les systèmes qui permettent à nos cellules de les neutraliser. Le follicule pileux est très actif sur le plan métabolique et ses cellules pigmentaires semblent particulièrement sensibles à cet environnement.2

Le stress peut-il vraiment faire blanchir les cheveux ?

L’expression « se faire des cheveux blancs » n’est pas totalement déconnectée de la biologie.

Dans une étude publiée dans Nature, des chercheurs ont montré chez la souris qu’un stress intense pouvait activer fortement le système nerveux sympathique. Les nerfs entourant le follicule ont alors libéré de la noradrénaline, qui a poussé les cellules souches mélanocytaires à s’activer en grand nombre.3

Une partie de cette réserve s’est ainsi épuisée prématurément et les follicules concernés ont ensuite produit des poils dépigmentés. Le stress n’agissait donc pas directement sur la couleur du poil : il modifiait la réserve de cellules capable de produire les futurs pigments.

Il faut toutefois garder en tête que cette démonstration a été faite chez la souris. Chez l’humain, le lien entre stress psychologique et cheveux blancs est plus difficile à isoler de la génétique, de l’âge et des autres facteurs de mode de vie.

Un cheveu blanc peut-il redevenir pigmenté ?

C’est probablement l’un des résultats les plus surprenants sur le sujet.

En 2021, des chercheurs ont analysé près de 400 cheveux provenant de 14 personnes. En suivant la pigmentation le long de chaque cheveu, ils ont identifié quelques cas où un cheveu gris ou blanc avait ensuite recommencé à pousser avec davantage de pigment.4

Comme un cheveu pousse progressivement, sa longueur conserve une trace de ce qui s’est passé dans le follicule au fil des semaines. Chez certains participants, des changements de pigmentation semblaient coïncider avec des périodes de stress important puis avec leur résolution.

La repigmentation restait rare. Mais elle montre qu’à un stade précoce, la perte de pigmentation n’est pas toujours un processus parfaitement linéaire et irréversible.

Peut-on ralentir l’apparition des cheveux blancs ?

À ce jour, on ne sait pas protéger directement la réserve de cellules souches mélanocytaires ni empêcher de façon fiable leur diminution avec l’âge. Aucun traitement n’a démontré qu’il pouvait préserver durablement la pigmentation naturelle des cheveux.

En revanche, certains facteurs associés au grisonnement précoce sont modifiables. Le tabagisme est l’un des plus régulièrement retrouvés. Certaines carences, notamment en vitamine B12, ainsi que certains troubles thyroïdiens peuvent également être associés à une apparition plus précoce des cheveux blancs.5

Dans ces situations, l’intérêt est surtout de corriger la cause lorsqu’elle existe. Prendre des vitamines ou des antioxydants sans carence identifiée n’a pas démontré qu’il permettait de préserver les mélanocytes ou de retarder les cheveux blancs.

Les cheveux blancs peuvent-ils révéler notre âge biologique ?

L’âge biologique cherche à décrire l’état de l’organisme au-delà du nombre d’années vécues. Il s’appuie pour cela sur des marqueurs beaucoup plus larges que l’apparence : données moléculaires, métaboliques, cardiovasculaires ou fonctionnelles.

Les cheveux blancs donnent une information beaucoup plus locale. Ils montrent que le système qui entretient la pigmentation du follicule vieillit, mais pas nécessairement que le reste de l’organisme suit le même rythme.

Quelques études ont néanmoins observé davantage de grisonnement précoce chez des personnes présentant une maladie coronarienne ou certains facteurs cardiovasculaires.6 Cela ne signifie pas que les cheveux blancs annoncent une maladie. Le tabagisme, le stress oxydatif ou d’autres facteurs peuvent simplement influencer à la fois la pigmentation et la santé cardiovasculaire.

L’approche Inari

Les cheveux blancs font partie des signes les plus visibles du vieillissement, mais ils ne racontent pas toute l’histoire. Leur apparition dépend beaucoup de la génétique et du fonctionnement propre du follicule pileux.

Chez INARI, l’intérêt est surtout de comprendre ce qui peut accélérer ce processus lorsqu’il apparaît tôt, sans chercher à transformer chaque cheveu blanc en signal d’alerte. Le tabac, certaines carences ou certains troubles thyroïdiens peuvent parfois jouer un rôle. Dans la grande majorité des cas, le grisonnement reste néanmoins une évolution normale avec l’âge.

Footnotes

  1. Sun Q, Lee W, Mohri Y, et al. Dedifferentiation maintains melanocyte stem cells in a dynamic niche. Nature. 2023;616:774-782. doi:10.1038/s41586-023-05960-6.

  2. Sikkink SK, Mine S, Freis O, et al. Stress-sensing in the human greying hair follicle: Ataxia Telangiectasia Mutated (ATM) depletion in hair bulb melanocytes in canities-prone scalp. Scientific Reports. 2020;10:18711. doi:10.1038/s41598-020-75334-9.

  3. Zhang B, Ma S, Rachmin I, et al. Hyperactivation of sympathetic nerves drives depletion of melanocyte stem cells. Nature. 2020;577:676-681. doi:10.1038/s41586-020-1935-3.

  4. Rosenberg AM, Rausser S, Ren J, et al. Quantitative mapping of human hair greying and reversal in relation to life stress. eLife. 2021;10:e67437. doi:10.7554/eLife.67437.

  5. Poonia K, Bhalla M. Premature Graying of Hair: A Comprehensive Review and Recent Insights. Indian Dermatology Online Journal. 2024;15(5):721-731. doi:10.4103/idoj.idoj_807_23.

  6. Altan S, Ozturk S, et al. The degree of premature hair graying as an independent risk marker for coronary artery disease: a predictor of biological age rather than chronological age. Anadolu Kardiyoloji Dergisi. 2012. PMID: 22677402.