On peut être plus petit le soir que le matin, sans avoir réellement perdu de taille. Ce détail résume bien le sujet : notre hauteur dépend moins de la longueur de nos os que de ce qui se passe dans la colonne vertébrale.
Avec l’âge, plusieurs mécanismes peuvent s’additionner. Certains sont progressifs et attendus. D’autres, comme un tassement vertébral, méritent davantage d’attention.
Pourquoi peut-on perdre presque 1 cm dans la même journée ?
Entre chaque vertèbre se trouve un disque souple, riche en eau. Ces disques jouent un rôle d’amortisseur et participent directement à la hauteur de la colonne.
Lorsque l’on reste debout ou assis pendant plusieurs heures, le poids du corps comprime légèrement les disques. Une petite partie de leur eau est expulsée et leur épaisseur diminue temporairement. La différence entre le matin et le soir peut approcher un centimètre chez certaines personnes.1
Pendant la nuit, la pression exercée sur la colonne diminue. Les disques se réhydratent et récupèrent une partie de leur hauteur. C’est pourquoi une mesure isolée ne dit pas grand-chose : notre taille n’est pas parfaitement fixe au cours d’une journée.
Qu’est-ce qui change avec l’âge ?
Avec les années, les disques se réhydratent moins bien et peuvent devenir un peu plus fins. Pris séparément, le changement est faible. Mais la colonne contient de nombreux disques : quelques millimètres répartis sur plusieurs étages peuvent finir par se traduire par une différence visible.
Les disques ne sont pas les seuls responsables. Avec l’âge, la posture peut également se modifier : le haut du dos se courbe davantage et la tête tend à avancer. La colonne se redresse alors moins complètement, ce qui réduit la taille mesurée sans que les os aient raccourci.
Les muscles du dos et du tronc jouent également un rôle dans le maintien de la posture. Avec l’âge, leur perte de force peut rendre plus difficile le maintien d’une position bien redressée et accentuer progressivement la diminution de la taille mesurée.
Quand la perte de taille raconte autre chose
Il existe une troisième cause, très différente des deux précédentes : la vertèbre elle-même peut perdre de la hauteur.
Lorsqu’un os est fragilisé, notamment par l’ostéoporose, une vertèbre peut se comprimer. On parle alors de tassement ou de fracture vertébrale. Le point surprenant est que cette fracture n’est pas toujours accompagnée d’une douleur suffisamment forte pour être identifiée au moment où elle survient.
La perte de taille peut alors devenir l’un des premiers signes visibles. Un dos qui se voûte davantage ou plusieurs centimètres perdus au fil du temps peuvent révéler des fractures anciennes passées inaperçues.
C’est ce qui rend la mesure intéressante : elle ne sert pas seulement à constater que l’on « rapetisse », elle peut aussi donner une information sur l’état des vertèbres.
À partir de combien de centimètres faut-il s’en préoccuper ?
Une petite diminution progressive n’a pas la même signification qu’une perte nette en quelques années.
À partir de 3 à 4 cm perdus par rapport à la taille adulte connue, l’Assurance Maladie recommande de rechercher une éventuelle ostéoporose.2 Ce seuil ne permet pas de poser un diagnostic, mais il constitue un repère utile, notamment après la ménopause ou en présence d’autres facteurs de risque.
Une douleur nouvelle dans le dos, une posture qui change rapidement ou une fracture survenue après un choc faible sont aussi des raisons d’en parler à un médecin.
Comment savoir si l’on a réellement perdu de la taille ?
Comme la taille varie au cours de la journée, il faut surtout comparer des mesures prises dans des conditions similaires.
Le plus utile est de se mesurer au même moment de la journée, pieds nus, contre une surface verticale, puis de comparer avec sa taille adulte maximale connue. L’objectif n’est pas de suivre chaque millimètre, mais de repérer une tendance de plusieurs centimètres.
Cette comparaison permet surtout de ne pas confondre une variation normale de la journée avec un changement réel de la colonne.
Peut-on récupérer les centimètres perdus ?
Tout dépend de leur origine.
On ne peut pas rendre à un disque vieillissant toutes ses propriétés de jeunesse, ni récupérer la hauteur perdue lorsqu’une vertèbre s’est tassée. En revanche, la part liée à la posture est plus modulable.
Dans un essai mené chez des adultes âgés, six mois de renforcement du dos et d’entraînement postural ont réduit la courbure du haut de la colonne.3 Cela ne « rallonge » pas les os, mais peut améliorer la manière dont la colonne se tient.
Le renforcement musculaire a donc un intérêt particulier ici : il agit sur la force qui permet de rester redressé, tout en participant plus largement au maintien des capacités physiques avec l’âge. L’activité en charge, comme la marche ou les escaliers, contribue aussi à préserver la santé osseuse.4
L’alimentation joue surtout un rôle de soutien à cette santé osseuse et musculaire. Les protéines, le calcium et la vitamine D sont importants, mais ils ne corrigent pas à eux seuls une perte de taille déjà installée. Leur intérêt est plutôt de contribuer au maintien des tissus concernés.
L’approche Inari
Perdre de la taille est un bon exemple de ce que le vieillissement rend visible à l’extérieur alors que plusieurs mécanismes différents se produisent à l’intérieur.
Un disque qui s’affine, une posture qui se modifie et une vertèbre qui se tasse ne racontent pas la même chose. C’est cette distinction qui compte : comprendre d’où vient le changement avant de décider s’il est banal, modifiable ou à explorer.
Footnotes
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Newell N, Little JP, Christou A, Adams MA, Adam CJ, Masouros SD. Biomechanics of the human intervertebral disc: a review of testing techniques and results. Journal of the Mechanical Behavior of Biomedical Materials. 2017;69:420-434. doi:10.1016/j.jmbbm.2017.01.037. ↩
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Assurance Maladie. Ostéoporose : diagnostic et évolution. Ameli.fr. Mis à jour le 20 septembre 2024. ↩
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Katzman WB, Vittinghoff E, Lin F, et al. Targeted spine strengthening exercise and posture training program to reduce hyperkyphosis in older adults: results from the SHEAF randomized controlled trial. Osteoporosis International. 2017;28(10):2831-2841. doi:10.1007/s00198-017-4109-x. ↩
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Assurance Maladie. Prévenir l’ostéoporose. Ameli.fr. Mis à jour le 20 septembre 2024. ↩