Les poudres d’électrolytes ont quitté les ravitaillements de marathon pour arriver dans les salles de sport, les bureaux et parfois même sur les tables de chevet. Une dose dans une gourde promet une meilleure hydratation, davantage d’énergie, moins de crampes, voire un lendemain de soirée plus facile.

Une partie de cette popularité repose sur quelque chose de très réel : notre corps a besoin d’électrolytes pour fonctionner. La confusion commence lorsqu’on en déduit que nous avons tous besoin d’en ajouter à notre eau chaque jour.

Alors, à quoi servent-ils vraiment, pourquoi parle-t-on autant du sodium et dans quelles situations une boisson avec électrolytes apporte-t-elle réellement quelque chose ?

Les électrolytes, c’est quoi exactement ?

Les électrolytes sont des minéraux capables de porter une charge électrique lorsqu’ils sont dissous dans les liquides de notre organisme. Le terme semble technique, alors que leur rôle est très concret.

Imaginez le corps comme un réseau électrique rempli d’eau. Pour qu’un nerf transmette un message, qu’un muscle se contracte ou que l’eau reste répartie au bon endroit, certains minéraux doivent circuler dans des proportions précises.

Le sodium joue un rôle majeur dans l’équilibre des liquides et la transmission nerveuse. Le potassium travaille notamment avec lui pour permettre aux nerfs et aux muscles de fonctionner correctement. Le chlorure accompagne notamment le sodium et participe lui aussi à l’équilibre des liquides. C’est d’ailleurs lui que l’on retrouve avec le sodium dans le chlorure de sodium, autrement dit le sel de table. Le magnésium intervient dans la contraction et le relâchement musculaires ainsi que dans de nombreuses réactions qui produisent de l’énergie. Le calcium, que l’on associe surtout aux os, participe lui aussi à la contraction musculaire et aux signaux nerveux.

Ils sont donc tous importants. Pourtant, lorsqu’on parle d’hydratation pendant le sport, le sodium occupe logiquement le devant de la scène.

Pourquoi parle-t-on surtout du sodium ?

Parce que la sueur n’emporte pas tous les électrolytes dans les mêmes proportions. Le sodium est de loin celui que nous perdons le plus en transpirant.

C’est aussi là que les besoins deviennent très personnels. Deux personnes peuvent courir côte à côte pendant une heure et perdre des quantités de sodium très différentes. La quantité de sueur produite, la chaleur, l’acclimatation et surtout la concentration de sodium dans la sueur changent fortement d’une personne à l’autre.1

Vous avez peut-être déjà observé des traces blanches sur un t-shirt après une longue séance. Ce sont en partie des sels laissés par la sueur après évaporation. Chez quelqu’un qui transpire beaucoup et « salé », les pertes peuvent devenir conséquentes.

Le potassium, le chlorure, le magnésium et le calcium restent essentiels à la santé. Pendant l’effort, les données justifient toutefois beaucoup moins de chercher à les remplacer précisément à chaque séance. Une alimentation variée permet généralement de les retrouver entre les entraînements. Le sodium mérite davantage d’attention lorsque la transpiration devient importante.

Pourquoi les électrolytes sont-ils devenus si populaires ?

Leur succès accompagne d’abord une meilleure compréhension de l’hydratation. Boire ne consiste pas seulement à remplacer l’eau perdue : lorsque nous transpirons beaucoup, nous perdons aussi des électrolytes, en particulier du sodium.

Avec l’essor de la course à pied, du cyclisme et des sports d’endurance, cette notion autrefois surtout connue des athlètes s’est progressivement démocratisée. Et c’est plutôt une bonne chose : dans les bonnes situations, les électrolytes ont un véritable intérêt.

La nuance se trouve ailleurs. Une séance d’une heure en salle et plusieurs heures d’effort sous la chaleur ne créent simplement pas les mêmes besoins. La question n’est donc pas de savoir si les électrolytes sont utiles, mais à quel moment ils le deviennent vraiment.

Quand l’eau suffit-elle ?

Pour une séance courte ou modérée, surtout lorsqu’il ne fait pas très chaud, l’eau suffit généralement. Vous perdez certes un peu de sodium en transpirant, puis vos repas permettent de le récupérer sans difficulté particulière.

La situation change lorsque l’effort se prolonge, que la température monte ou que vous transpirez beaucoup. Après plusieurs heures, boire uniquement de l’eau tout en perdant beaucoup de sodium peut devenir moins adapté. C’est dans ce type de contexte qu’une boisson contenant des électrolytes devient réellement utile.

Il faut toutefois éviter un autre raccourci : plus de sodium ne signifie pas automatiquement meilleure hydratation ou meilleure performance. Dans une étude menée pendant cinq heures de course sous la chaleur, remplacer environ 100 % du sodium perdu n’a pas amélioré de manière significative l’équilibre hydrique par rapport à une stratégie sans supplémentation en sodium, où les participants pouvaient boire de l’eau selon leur soif.2

La conclusion est assez intéressante : chercher à remplacer chaque milligramme de sodium perdu n’est probablement pas nécessaire. L’objectif est surtout d’éviter une stratégie complètement déconnectée de vos pertes lorsque l’effort devient long et chaud.

Et les crampes ?

Le réflexe est fréquent : une crampe apparaît, donc il manque du sel ou du magnésium.

La réalité est plus complexe. Les crampes liées à l’exercice semblent souvent apparaître lorsque le muscle fatigué reçoit des signaux nerveux qui favorisent une contraction excessive. Les pertes de liquide et de sodium peuvent contribuer chez certaines personnes, surtout pendant des efforts prolongés dans la chaleur, mais elles n’expliquent pas toutes les crampes.3

En clair, une crampe est souvent davantage un problème de fatigue et de contrôle du muscle qu’un simple réservoir de sel vide. Si vous avez régulièrement des crampes à la fin d’une course, travailler la préparation musculaire et l’intensité de l’effort peut être aussi important que de regarder ce qu’il y a dans votre gourde.

Maux de tête, gueule de bois, jet lag : les électrolytes peuvent-ils aider ?

C’est probablement l’un des domaines où le marketing va aujourd’hui le plus vite que les preuves.

Pour les maux de tête, une déshydratation peut effectivement provoquer ou aggraver un mal de tête chez certaines personnes. Si vous êtes déshydraté après avoir beaucoup transpiré, vomi ou peu bu, retrouver un bon niveau d’hydratation peut donc aider. Cela ne fait pas des électrolytes un traitement général du mal de tête.

Pour la gueule de bois, ils peuvent être utiles pour corriger une partie du problème lorsque vous êtes déshydraté. L’alcool augmente temporairement les pertes urinaires, et une soirée peut aussi s’accompagner de peu d’eau, d’un sommeil médiocre ou de vomissements. Pourtant, la gueule de bois ne se résume pas à une perte d’électrolytes. Inflammation, métabolisme de l’alcool et perturbation du sommeil participent également aux symptômes. Un sachet d’électrolytes peut aider à vous réhydrater, il n’efface pas les effets de l’alcool.4

Pour le jet lag, la distinction est encore plus importante. Boire suffisamment pendant un long vol est raisonnable, et une boisson avec électrolytes peut être pratique si vous avez peu mangé, beaucoup transpiré ou arrivez déshydraté. En revanche, le jet lag vient principalement du décalage entre votre horloge biologique et le nouveau fuseau horaire. Les électrolytes peuvent améliorer l’hydratation du voyageur, ils ne remettent pas son horloge interne à l’heure. Les données disponibles sur les produits censés réduire le jet lag soutiennent beaucoup mieux des stratégies agissant sur le rythme circadien que les boissons d’hydratation.5

Comment savoir si vous en avez réellement besoin ?

Vous n’avez pas forcément besoin d’un test de sueur ou d’une formule au milligramme près. Commencez par regarder le contexte.

Une heure tranquille par temps frais ? L’eau et vos repas habituels feront généralement très bien l’affaire.

Deux ou trois heures d’effort, une forte chaleur ou une transpiration abondante ? Les électrolytes, et particulièrement le sodium, deviennent beaucoup plus pertinents.

Vous terminez vos longues séances couvert de traces de sel, avec une forte sensation de soif et de grosses pertes de poids liées à la transpiration ? Votre stratégie mérite probablement davantage d’attention et peut être personnalisée.

Et gardez une idée simple en tête : une boisson d’électrolytes contient des minéraux, elle ne remplace pas l’eau elle-même. L’hydratation reste d’abord une question de liquide.

En résumé

Les électrolytes sont indispensables au fonctionnement des nerfs, des muscles et à l’équilibre des liquides. Sodium, potassium, chlorure, magnésium et calcium ont chacun leur rôle, tandis que le sodium mérite une attention particulière pendant l’effort parce qu’il représente la principale perte minérale dans la sueur. Pour une activité courte et une journée ordinaire, l’eau et l’alimentation suffisent généralement. Les électrolytes deviennent surtout intéressants lors d’efforts longs, de forte chaleur, de transpiration importante ou d’autres situations entraînant des pertes de liquide. Ils peuvent aider à se réhydrater après une soirée ou un long voyage si vous êtes déshydraté, sans constituer pour autant un remède contre la gueule de bois, les maux de tête ou le jet lag.

L’approche Inari

L’hydratation illustre assez bien notre façon de voir la santé : les fondamentaux doivent rester simples. Boire selon ses besoins, manger suffisamment de fruits, de légumes et d’aliments peu transformés, bouger régulièrement et dormir correctement apporte déjà l’essentiel à la plupart des gens.

Les électrolytes deviennent ensuite un outil intéressant lorsque le contexte le justifie. Un sportif d’endurance qui transpire plusieurs heures sous la chaleur n’a évidemment pas les mêmes besoins qu’une personne qui travaille à son bureau. La personnalisation commence donc par vos pertes réelles et vos habitudes, bien avant le choix d’un sachet.

Et comme souvent, la quantité inscrite sur l’étiquette ne raconte qu’une partie de l’histoire. Ce qui compte est ce dont votre organisme a besoin, ce qu’il perd et ce qu’il peut réellement utiliser.

Footnotes

  1. McCubbin A.J. Sodium Intake for Athletes Before, During and After Exercise: Review and Recommendations. Performance Nutrition, 2025.

  2. McCubbin A.J. et al. Personalised Sweat Sodium Replacement During 5-h Treadmill Running in the Heat. Nutrition & Dietetics, 2023.

  3. Miller K.C. et al. Exercise-Associated Muscle Cramps: Causes, Treatment, and Prevention. Sports Health, 2010.

  4. Mackus M., Stock A.K., Garssen J., Scholey A., Verster J.C. Alcohol Hangover Versus Dehydration Revisited: The Effect of Drinking Water to Prevent or Alleviate the Alcohol Hangover. Alcohol, 2024.

  5. Chan V., Wang L., Allman-Farinelli M. Efficacy of Functional Foods, Beverages, and Supplements Claiming to Alleviate Air Travel Symptoms: Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients, 2021.