La VO₂ max apparaît désormais sur certaines montres comme le nombre de pas ou la fréquence cardiaque. Elle est parfois présentée comme un « âge de forme » ou un marqueur direct de longévité. Derrière ce chiffre se cache pourtant une chaîne physiologique complexe, et sa valeur dépend autant de la manière dont elle est obtenue que de ce que l’on cherche à en faire.

Que mesure réellement la VO₂ max ?

Pour qu’un muscle puisse continuer à travailler, plusieurs étapes doivent fonctionner à la suite : les poumons font entrer l’oxygène, l’hémoglobine le transporte, le cœur propulse le sang, les vaisseaux l’acheminent et les muscles l’utilisent pour produire de l’énergie.

La VO₂ max mesure jusqu’où l’ensemble de cette chaîne peut aller lorsque l’effort devient très intense. C’est ce qui la rend plus informative qu’une simple mesure du « souffle ». On peut avoir des poumons parfaitement fonctionnels et une capacité limitée par le débit cardiaque, le transport de l’oxygène ou la capacité des muscles à l’utiliser.

Elle est souvent exprimée en millilitres d’oxygène par minute et par kilogramme de poids corporel. Ce dernier détail a son importance : le chiffre affiché dépend donc aussi du poids, et pas uniquement de la capacité du système cardiovasculaire.

Pourquoi est-elle associée à la longévité ?

Une bonne capacité cardiorespiratoire facilite les efforts du quotidien. Monter des escaliers, marcher vite ou porter des courses représente alors une part moins importante de la capacité maximale disponible. Avec l’âge, cette réserve aide à conserver de l’autonomie lorsque la condition physique diminue ou qu’un problème de santé survient.

Les données à grande échelle montrent une relation très régulière entre capacité cardiorespiratoire et santé. Une synthèse de 26 méta-analyses, représentant plus de 20 millions d’observations, a conclu qu’une capacité cardiorespiratoire élevée était associée à une mortalité plus faible et à moins de maladies chroniques.1

Cette association ne transforme pas la VO₂ max en compteur d’années de vie. Une maladie peut réduire la capacité d’effort, tandis qu’une activité régulière améliore à la fois la VO₂ max et de nombreux autres facteurs de santé. Le chiffre résume donc une partie de l’état fonctionnel du corps sans isoler, à lui seul, la cause du risque.

L’intérêt principal se trouve souvent dans la progression. Passer d’une capacité faible à un niveau un peu meilleur peut être plus pertinent que chercher à atteindre une valeur d’athlète.

Comment mesure-t-on la VO₂ max ?

La mesure de référence se déroule pendant un effort progressivement plus difficile sur un vélo ou un tapis. La personne porte un masque qui analyse l’oxygène consommé et le dioxyde de carbone expiré. Le test permet de voir comment réagissent le cœur, la respiration et l’organisme jusqu’à un effort élevé.

Ce protocole demande du matériel et un encadrement. Il est surtout utile dans un contexte médical, pour explorer un essoufflement, évaluer certains risques, ou lorsqu’une mesure précise apporte une information réellement exploitable.

Les montres connectées ne réalisent pas cette analyse. Elles estiment la VO₂ max en reliant la fréquence cardiaque à la vitesse ou à la puissance pendant une activité. Une revue de 2025 a trouvé des estimations acceptables pour plusieurs appareils chez des adultes en bonne santé, mais les erreurs individuelles restent possibles et les études concernent surtout la course à pied.2

Une variation affichée par une montre peut venir de la chaleur, de la fatigue, du terrain, d’un capteur imprécis ou d’une mise à jour de l’algorithme. Pour suivre une tendance, mieux vaut comparer des séances similaires sur le même appareil plutôt que prendre chaque point comme une mesure clinique.

Existe-t-il une bonne valeur pour son âge ?

La VO₂ max diminue généralement avec l’âge, mais les écarts entre personnes sont importants. Le sexe, le patrimoine génétique, le poids corporel, l’activité et la méthode utilisée influencent également le résultat.

Les tableaux proposés par les montres donnent des repères, pas une frontière entre bonne et mauvaise santé. Et il existe un piège peu intuitif : la VO₂ max affichée peut baisser alors que la capacité absolue du corps a peu changé.

Imaginons une personne capable d’utiliser au maximum 3 litres d’oxygène par minute. À 60 kg, cela correspond à 50 ml/kg/min. Si son poids passe à 70 kg sans changement de sa consommation maximale absolue, le résultat tombe à environ 43 ml/kg/min. Le système cardiovasculaire n’a pas soudainement perdu 14 % de sa capacité absolue ; le même débit d’oxygène est simplement rapporté à une masse corporelle plus importante.

C’est une des raisons pour lesquelles une valeur isolée mérite d’être interprétée dans son contexte. Pour suivre sa forme, la tendance obtenue dans des conditions comparables et les progrès fonctionnels comptent souvent davantage : marcher plus vite à effort similaire, monter plusieurs étages avec moins d’essoufflement ou récupérer plus rapidement.

Un essoufflement nouveau ou disproportionné, une douleur thoracique, un malaise ou une forte baisse inexpliquée de la capacité d’effort nécessitent un avis médical plutôt qu’un nouveau test réalisé seul.

Comment améliorer sa capacité cardiorespiratoire ?

La VO₂ max progresse lorsque le corps est régulièrement obligé de transporter et d’utiliser davantage d’oxygène. Plusieurs intensités peuvent y contribuer.

Les efforts modérés, comme la marche rapide, le vélo ou la natation à une allure soutenable, permettent d’accumuler du temps d’activité avec une fatigue limitée. La zone 2 désigne une manière de situer cette intensité, mais elle n’a rien d’obligatoire : le test de la conversation suffit souvent à rester dans un effort modéré.

Les intervalles plus intenses sollicitent davantage la capacité maximale. Une méta-analyse menée chez des adultes d’âge moyen et plus âgés a observé une amélioration légèrement supérieure avec l’entraînement par intervalles qu’avec l’effort continu modéré.3 Cette différence ne signifie pas qu’il faille choisir l’un contre l’autre. L’intensité modérée aide à construire une routine, tandis que quelques passages plus soutenus peuvent stimuler le plafond de capacité.

Pour une personne peu active, commencer par marcher régulièrement puis accélérer sur de courtes portions est déjà une progression. La fréquence et la continuité comptent davantage qu’un protocole sophistiqué. Notre article sur le sport et la longévité présente les différents types d’activité à associer au fil de la semaine.

Faut-il vraiment la mesurer ?

La mesure devient intéressante lorsqu’elle répond à une question. Une montre peut montrer si la capacité estimée progresse sur plusieurs mois. Un test d’effort avec analyse des gaz peut fournir une valeur précise lorsqu’un sportif veut calibrer son entraînement ou qu’un professionnel cherche à comprendre une limitation à l’effort.

Pour quelqu’un qui veut surtout vieillir en conservant ses capacités, le chiffre n’est pas indispensable. L’enjeu concret est de garder une réserve : si monter trois étages représente aujourd’hui une petite fraction de votre capacité maximale, vous disposez d’une marge. À mesure que la capacité cardiorespiratoire diminue avec l’âge, cette marge se réduit. Entretenir une bonne condition physique revient donc aussi à repousser le moment où les gestes ordinaires se rapprochent de son plafond.

C’est cette réserve fonctionnelle, davantage qu’un score précis affiché sur une montre, qui explique pourquoi la capacité cardiorespiratoire est si intéressante dans une réflexion sur la longévité.

L’approche Inari

La VO₂ max est surtout intéressante comme reflet d’une réserve fonctionnelle : la marge disponible entre les efforts ordinaires et la capacité maximale du corps. Le chiffre peut aider à suivre cette réserve, mais l’objectif reste de l’entretenir par le mouvement plutôt que d’optimiser un score sur une montre.

Footnotes

  1. Lang JJ, Prince SA, Merucci K, et al. Cardiorespiratory fitness is a strong and consistent predictor of morbidity and mortality among adults: an overview of meta-analyses representing over 20.9 million observations from 199 unique cohort studies. British Journal of Sports Medicine. 2024;58(10):556-566. doi:10.1136/bjsports-2023-107849.

  2. Železnik Mežan L. Accuracy of wearables for determining the maximal oxygen uptake and lactate threshold: a qualitative systematic review. Frontiers in Sports and Active Living. 2025;7:1707991. doi:10.3389/fspor.2025.1707991.

  3. Bouaziz W, Malgoyre A, Schmitt E, et al. Interval training versus moderate-intensity continuous training for cardiorespiratory fitness improvements in middle-aged and older adults: a systematic review and meta-analysis. Journal of Sports Medicine and Physical Fitness. 2020. PMID:33825615.